Dans le jargon du secteur automobile, on les appelle les “captives”. Mais rien à voir d’anxiogène derrière ce terme : il s’agit des banques qui appartiennent à un constructeur automobile et financent ses véhicules. Au sein de Renault Group, l'histoire commence en 1924, quand Louis Renault crée la DIAC (Diffusion Industrielle et Automobile par le Crédit) pour proposer des crédits permettant de faciliter l'achat de ses voitures. Le concept, venu tout droit des États-Unis, était alors une innovation majeure, qui a contribué à démocratiser l’achat automobile.
Un siècle plus tard, la banque de la marque au losange ne se contente plus de prêter. Elle loue, surtout : location avec option d'achat, location longue durée, crédit avec engagement de reprise… Elle assure et entretient aussi, avec 3,6 millions de contrats d'assurance et de services vendus en 2025. “Nous ne sommes pas juste une banque. Nous sommes aussi un assureur et un prestataire de services automobiles”, résume ainsi Jean-Baptiste Fournier, responsable produits à la direction marketing & stratégie de Mobilize Financial Services, le nom que porte la banque de Renault Group depuis mai 2022.
Ses 4 millions de clients ne sont pas tous des particuliers : il y a aussi l'artisan qui finance sa camionnette, le commerçant ou la PME qui gère deux à dix véhicules ou plus et passe par la concession comme tout le monde, ou encore les grandes entreprises qui constituent leurs flottes.
1 600 concessionnaires partenaires
Mobilize Financial Services a une autre particularité : il s’agit d’une banque qui n’a ni agence, ni guichet. “Nos conseillers, ce sont les vendeurs de voitures, qui vont proposer nos offres de financement et de services”, explique Louis Baptiste, directeur Business Development & Efficiency de l’entreprise.
Ces vendeurs travaillent pour les quelque 1 600 concessionnaires automobiles partenaires de la banque, dans 35 pays. Au quotidien, ils vendent des Renault, des Dacia et des Alpine, mais aussi des Nissan et parfois d’autres marques en fonction des pays (par exemple Geely au Brésil). Pendant ce parcours de vente, ils proposent à leurs clients les produits de financement ou d’assurance de Mobilize Financial Services.
Le mot “captive” pourrait laisser croire que ces concessionnaires sont enchaînés à leur banque. C'est plutôt l'inverse : c'est la banque qui est liée aux marques du Groupe, pas les concessionnaires à la banque. “Bien évidemment, les concessionnaires du réseau peuvent vendre – et ils en vendent d'ailleurs – d'autres financements. Mais ils ne le feront pas de manière aussi intégrée qu'avec nous”, précise Martin Thomas, le Directeur général de l'entreprise. Et d’ajouter : “Nous avons derrière nous un siècle de coopération avec ce réseau : nous le connaissons mieux que quiconque”. Ces concessionnaires sont d’ailleurs aussi des clients : près d'un euro prêté sur cinq leur est destiné, pour financer leurs stocks de voitures et leur trésorerie.
Et d’ajouter : “Nous avons derrière nous un siècle de coopération avec ce réseau : nous le connaissons mieux que quiconque”. Ces concessionnaires sont d’ailleurs aussi des clients : près d'un euro prêté sur cinq leur est destiné, pour financer leurs stocks de voitures et leur trésorerie.
Jusqu'ici, on s'intéressait essentiellement à la première vie du véhicule. Désormais, la banque veut accélérer sur le financement de l'occasion, et ce, non seulement dans sa deuxième vie, mais également la troisième.
Martin THOMAS
Deux voitures par minute
Résultat : en 2025, l’entreprise a financé plus de 1,2 million de dossiers. C’est plus de 3 000 voitures par jour, soit plus de deux par minute, jour et nuit, week-end compris ! Aujourd’hui, plus de quatre voitures neuves sur dix vendues par le Groupe Renault sont financées par Mobilize Financial Services. Car financer est devenu la norme : six acheteurs sur dix en Europe ne paient pas leur voiture comptant. « L’acquisition d’une voiture représente souvent la deuxième dépense la plus importante pour un ménage, après le logement », insiste Jean-Baptiste Fournier, qui souligne que le financement automobile n’a rien d’un dernier recours.
La propriété elle-même recule. En France, plus de 80 % des voitures neuves financées par Mobilize Financial Services le sont désormais en location, et près d'une occasion sur deux. Le principe ? Pour une voiture à 20 000 euros et dont la valeur est estimée à 12 000 euros dans trois ans, le client ne finance que la différence. À l'échéance, il la rachète, la rend, ou repart avec une autre. Une bascule qui a démarré aux États-Unis, puis est ensuite passée par le Royaume-Uni avant de gagner le continent européen.
Si l’activité de Mobilize Financial Services reste discrète, son poids humain et financier ne l'est donc pas. Mises bout à bout, ces mensualités pèsent lourd : 61,8 milliards d'euros d'encours de crédit**. Avec ses 4 000 collaborateurs, l’entité contribue aussi de manière substantielle aux bénéfices de Renault Group.
Mais ce n’est pas fini ! ”Jusqu'ici, on s'intéressait essentiellement à la première vie du véhicule”, note Martin Thomas. Désormais, la banque veut accélérer sur le financement de l'occasion, et ce, "non seulement dans sa deuxième vie, mais également la troisième”. Concrètement, la Clio louée neuve par un jeune cadre sera revendue dans trois ans à une famille qui aura besoin d’une deuxième voiture, puis quelques années plus tard à un troisième conducteur. À chaque changement de main, la banque compte bien être là, pour le crédit, l'assurance ou l'entretien. De quoi se rendre encore un peu plus indispensable.
* Prix indiqués au 6 octobre 2026 sur le site Renault Group. ** Encours de crédit : montant total des sommes prêtées ou louées par la banque et pas encore remboursées (ici, la moyenne du premier semestre 2026).


